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1 grudnia 2017
Kosciuszko a Jindabyne
Marek Baterowicz. Fotos by A. Strzelecki, M. Kamma, Puls Polonii

L’année de Kosciuszko, proclamée par UNESCO à l’occasion du bicentenaire de sa disparition ( 1817 ), fut aussi célébrée à Jindabyne ( Snowy Mountains ) où Kosciuszko Heritage organisa un festival commémorant le héros des deux continents. Nous nous sommes réunis au Memorial Hall, près du lac et du monument du comte Strzelecki qui, en 1840, explora le plus haut sommet de l’Australie en le nommant Mount Kosciuszko. Ce samedi du 28 octobre 2017, jour de notre recueillement, nous avons donc célébré la mémoire du Général dans l’ambiance solenelle en rappelant son message à notre époque, message qui n’a rien perdu de son actualité.

Il en est ainsi, car sa lutte pour la liberté et l’indépendance qu’il menait partout, correspond même aux aspirations et revendications des Aborigènes, premiers habitants de la Terra Australis. C’est que le logo du notre festival – et c’était le portrait du Kosciuszko peint par Zuzanna Kamusinska – mettait en relief son visage marqué symboliquement par des traits aborigènes et une inscription annonçait « The Man Behind the Mountain » . La scène décorée des fleurs, surtout des blanches marguerites au cœur jaune, communes des près et des montagnes, abritait un gobelin figurant la bataille victorieuse de Raclawice , remportée sur les Russes par Kosciuszko.






Après le discours d’ouverture, prononcé par Mr Piotr Buszta, chargé d’affaires de l’Ambassade de Pologne à Canberra, parlait Mme Iris White – représentant la tribu Ngarigo et nous saluant au nom des Aborigènes qui depuis toujours sont des gardiens de ces montagnes, y compris Mount Kosciuszko. En effet - pour accentuer ces liens – un ballet aborigène-polonais présentait « Une danse with Spirits » . Ensuite, un jeune pianiste Julian Gilewski – venu de Varsovie – a donné un bref récital ( pièces de Chopin, Skriabin, Gershwin, Twardowski ) en montrant une notable technique et musicalité, surtout dans le « Thème avec les variations » de Romuald Twardowski. Gilewski s’annonce un grand pianiste, ayant une prédilection pour les compositeurs modernes, mais aussi du style classique ( Haydn, Mozart ).

Les danses folkloriques, présentées par l’ensemble Lowicz de Melbourne, et les chansons fascinantes de Slawek Kazan ont conquis tout le monde mais c’est avec notre virtuose australien Krzysztof Malek que l’auditoire a réagi avec ardeur spontanée. Les applaudissements frénétiques ont résonné après la Polonaise A-majeur op. 53, jouée par lui d’une façon magistrale. Certes, Malek ne trouve pas des rivaux aux antipodes comme interprète de la musique de Chopin ; il est parmi nous tel un pianiste légendaire et fidèle à tous les festivals de Jindabyne. Universel en tant que musicien, il aborde d’autres maîtres et il nous a ravi par sa technique éblouissante en exécutant La Marche Turque de Mozart, arrangée de Volodos.






Une polonaise, composée par Kosciuszko, prévue dans son récital, a été omise, car l’ensemble Lowicz avait déjà dansé au rythme de cette composition. Le même ensemble présenta une danse de Cracovie ( Krakowiak ) et une valse des marguerites des montagnes, accompagnée d’une musique exquise composée par Joseph Miller, musicien renommé de Melbourne. Il est à noter une chorégraphie superbe de ces danses, fruit d’un travail artistique de Mme Ursula Lang.

Un événement remarquable du concert nous le devons à Michelle Dixon et Tamika Townsend ( duo Aborigène ) qui ont exécuté en patois de leur tribu Ngarigo deux belles chansons, dignes d’un CD. Toujours dans l’ambiance des mythes aborigènes on nous a régalé « Dance of the Bongong Moth », accompagnée de la musique merveilleuse, composée aussi par Joseph Miller. Ainsi deux éléments – aborigène et polonais – dominaient le concert de notre festival. Une vieille amitié entre la tribu Ngarigo et Kosciuszko Heritage a été scellée par une cérémonie particulière d’un « message stick » ( bâton de messages ) et un poncho rituel , offerts à Mme Ernestyna Skurjat-Kozek par la tribu ci-mentionée. Son mari, prof. Andrzej Kozek, a reçu en cadeau un « didgeridoo » et a promis d’apprendre à jouer de cet instrument aborigène. Ces preuves d’estime symboliques couronnaient tant d’années de labeurs et de sacrifices faits par Kosciuszko Heritage afin de commémorer les prouesses de Strzelecki,Kosciuszko et de la tribu Ngarigo, devenue alliée dans ce triangle magique. A la fête participaient les ambassadeurs d’Ukraine et de Bielarussie, régions liées avec la biographie de Kosciuszko, et ce fait rappelait la grandeur de notre passé historique, car ces deux pays formaient part du royaume de Pologne avant ses démembrements vers la fin du 18e siècle. Parmi d’autres, Mr John Rooney, maire de Snowy Monaro Council ou Mr Mieczyslaw Swat, président de SPK et Ms Julie Ankiewicz, sa sécrétaire, honoraient de leur présence la fête. Mr Dariusz Paczynski – en maître de scène irremplaçable - reliait les chansons et les danses de commentaires spirituels, parfois assisté de Mr Tomek Kukielka. Mme Ursula Lang présentait les danses de son ensemble Lajkonik.






La seconde partie du concert commençait par deux belles chansons du feu John Hospodaryk, dédiées à Kosciuszko, surtout ravissante « My Mountain Kosciuszko » ( texte anglais par Ursula Lang ). Ensuite d’autres danses de Lajkonik ( en costumes de l’époque napoléonienne et chorégraphie soignée de Ursula Lang ), d’autres chansons de Slawek Kazan et les danses vigoureuses des montagnards polonais de Tatry ( toujours ensemble Lajkonik) ont ravi le public. Puis « Spirit of Poland », un ballet de jeunes filles avec les écharpes en couleurs polonaises dansait au rythme de la valse op.64 de Chopin ( à noter une belle chorégraphie d’Alina Brulinska). Enfin, la dernière danse – « Unity Finale by all Dancers » - au rythme d’une mazurka composée par Joseph Miller - a été comme un ballet d’une cordiale solidarité des trois nations ( aborigène, polonaise et australienne ) et les trois drapeaux volaient sur la scène. Cette danse symbolisait une alliance de ces cultures qui se sont rencontrées aux antipodes dans un cocktail historique.

Le programme de soirée annonçait Movie Marathon, les films consacrés à Tadeusz Kosciuszko : 1) « Kosciuszko, son nom est Pologne » ( TVP Poland, L. Smolinska – 54 minutes) , 2) « Premier amour de Kosciuszko » ( un remarquable film muet, tourné en Pologne en 1926 par Joseph Lejtes - 69 minutes avec la musique de Joseph Miller ) ; 3) « Kosciuszko : « A Man before His Time » ( USA, mise en scène d’Alex Storozynski, 54 minutes). A l’ombre, les bouteilles d’une bière locale « Kosciuszko » nous servaient de rafraîchissements, bien choisis.

Le second jour du festival ( dimanche, 29 octobre ) commençait le messe offerte pour l’âme de Tadeusz Kosciuszko, ensuite Jindabyne Aero Club offrait les vols gratuits - Fraternity Flights – au-dessus du Mont Kosciuszko. La musique nous accompagnait même là, nos deux pianistes jouaient des pièces fort bien sélectionnées en usant un piano électrique et Lajkonik présentait les danses folkloriques de la région de Lvov, terres annexées par l’Union Soviétique après 1945, suite de la trahison de nos alliés Anglo-saxons qui se sont lâchement prosternés devant Staline à la conférence de Yalta.






Après 40 vols au-dessus des montagnes, un vent contraire empêcha de survoler Mount Kosciuszko et Aero Club ne pouvait plus risquer ces pirouettes aériennes. Ainsi la nature et le temps imprévisible des Snowy Mountains décrétaient la fin de Kosciuszko Bicentenary Celebrations. Il nous faut noter pour la postérité que c’était le septième festival de ce genre que Kosciuszko Heritage organisait à Jindabyne, mais c’était sans doute le plus solennel et le plus riche artistiquement parmi eux. Kosciuszko Heritage – à mon avis – retient la première place au palmarès des prix qu’on pourrait attribuer aux organisations des émigrés polonais en Australie.

Marek Baterowicz